XYMOLÉHON

(Vestiges et reliques)


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Acte II, scène IV

YLADYZUTH, seul






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Assurément le plan d'Hydrogam est très bien,
Car je peux tout gagner, tout en ne perdant rien.
Il s'agira aussi de faire exécuter
Ce parfait stratagème, et de se tenir prêt.
Xédonys restera près de notre bateau :
Si nous sommes vaincus, je viendrai aussitôt,
Alors nous partirons vers de lointains rivages
Et nous y resterons :oui, ceci est plus sage.
Xymoléhon pourra toujours nous rechercher,
Il y perdra son temps : nous serons bien cachés.
J'emmènerai aussi un groupe de fidèles
Pour comploter, plus tard, une émeute nouvelle.
Avecque Xédonys, nous mènerons aussi
Trente ou quarante femmes, et nous pourrons ainsi
Sur notre île déserte, avec nos compagnons,
Vivre longtemps là-bas, sans trouver le temps long.
Cela rendrait jaloux Xymoléhon lui-même.
Mais, au fait, il vaincra, il aura un harem :
Exceptée Xédonys, il va donc tout avoir !
Mais voici le plus grave : il aura le pouvoir.
Mais comment se peut-il ? Ah ! mon esprit s'égare !
Comment ? Je suis vaincu ? Même avant la bagarre ?
Vais-je donner d'avance au roi Xymoléhon
Ce que je désirais depuis un temps si long :
Le pouvoir ! Le donner sans avoir combattu ?
Pourquoi tous ces efforts seraient du temps perdu ?
À quoi servirait donc de m'être révolté ?
Mon désir du pouvoir serait-il oublié ?
Laisserais-je tomber toute la Lypuxie,
Avec mes partisans, mes soldats, mes amis ?
Faut-il que j'abandonne après tout ma vengeance,
Ayant organisé toute une résistance ?
Ne pas soumettre tout, et le roi, et le reste,
Avec Yfaidébul (car, lui, je le déteste) ?
Renoncerais-je à tout, et aussi au pouvoir ?
Non ! Non ! Non ! Je dis non, car je ne peux y croire.
Oui, je gouvernerais toute la Lypuxie !
Oui ! j'aurais le pouvoir après avoir conquis !
Mais demain il me faut gagner cette bataille :
Et l'armée ennemie, je le crois, est de taille.
Mais pourquoi crains-je donc le roi Xymoléhon ?
Il est un fait certain, j'en suis sûr, nous vaincrons !
Pourquoi, à mon cerveau, demander tant d'efforts ?
Nous vaincrons, je le sais : nous sommes les plus forts.
Nous vaincrons, aussi vrai que deux et deux font trois,
Nous vaincrons le pays, et l'armée, et le roi !
Nous vaincrons, et alors je prendrai le pouvoir.
Nous vaincrons, c'est certain, nous aurons la victoire.
Nous vaincrons, surmontant maintes difficultés :
Nous vaincrons, j'en suis sûr, c'est certain, je le sais.



Fin de l'acte II


Acte III, scène I



XÉDONYS





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Vraiment, je m'impatiente et trouve le temps long.
Que fait ici Sydonia ? Que fait donc Hyclion ?
Le grand combat, déjà, serait-il engagé ?
La vie d'Yfaidébul serait-elle en danger ?
De mon évasion connaît-on la nouvelle ?
Peut-être Yladizuth me croit encor fidèle
Et croit que je l'attends, près du bord de la mer ?
Je ne le verrai plus, ou, du moins, je l'espère !
Heureusement, j'ai pu, grâce aux dieux, m'évader,
Aidée par Hyclion, ce brave agent secret,
Puis, avec Sydonia, nous nous sommes enfuis
Jusqu'à cette maison, ou, à présent, je suis.
Nous nous trouvons tout près de ces collines bleues
Où va se dérouler un massacre fameux.
À présent, les armées doivent être au combat :
D'ici j'entends les cris des hommes qu'on abat.
Pour rejoindre l'armée, Hyclion est parti ;
Pour pouvoir m'indormer, Sydonia l'a suivi.
Mais tous deux m'ont promis de revenir me voir,
Pour m'annoncer à qui appartient la victoire.
Mon cœur est très content de s'être délivré
Du traître Yladizuth, de son autorité,
Mais, à présent, que faire ? Ou le roi est vaincu :
Ma vie serait alors une fuite éperdue.
Si Xymoléhon vainc, rien ne s'arrangera :
Car il voudra toujours m'avoir entre ses bras,
Et j'aime Yfaidébul : je serais malheureuse.
Je ne pourrai le voir que dans mes heures creuses :
Mais j'entends Sydonia : je vais enfin savoir
Lequel des ennemis va prendre le pouvoir.


Scène II



XÉDONYS, SYDONIA



SYDONIA

Ah ! par Zeus ! Quel combat a lieu en ce moment !
Combien de macchabées et combien de mourants
Oui, les collines bleues sont jonchées d'hommes morts,
Mais, chez les survivants, on s'assassine encore.
Dans les deux camps, hélas, les pertes sont très grosses.
Xymoléhon, sans doute, a rencontré un os.

XÉDONYS

Sydonia, je t'en prie, ne me fais point languir !
Peut-être Yfaidébul est en train de mourir...

SYDONIA

Rassurez-vous, madame, il est encore en vie.
Il se bat maintenant près d'un groupe d'amis,
Près de Xymoléhon et de ses généraux.
Cent ou deux cents soldats repoussent les assauts,
L'ennemi les entoure et gagne du terrain :

XÉDONYS

Mais ils sont en danger !

SYDONIA

                                                 Madame, je le crains.
Nos soldats ne sont pas, non plus, restés inertes :
L'ennemi a subi aussi de lourdes pertes.
L'armée d'Yladizuth a presque la victoire,
Mais ils seront très peu à rencontrer la gloire.

XÉDONYS

Mais comment l'ennemi a-t-il pu triompher
Du roi Xymoléhon et de ses trois armées ?

SYDONIA

Yladizuth avait beaucoup de mercenaires,
Des soldats vigoureux, entraînés à la guerre !
Nos armées ont été levées rapidement
Et les soldats manquaient beaucoup d'entraînement.
L'armée du Nord, surprise, avait été vaincue
Sans que l'armée du Sud ne soit intervenue.
Celle-ci, se battant contre quelques soldats
Se trouva encerclée ; la lutte s'engagea,
Mais l'ennemi était le plus avantagé
Et gagna du terrain sur l'armée acculée.

XÉDONYS

Et l'armée de secours, voyageant par la mer,
Qu'est-il advenu d'elle, et que peut-elle faire ?
Elle devrait venir sans tarder, maintenant !

SYDONIA

C'est le dernier espoir, madame, assurément.

XÉDONYS

Yfaidébul, peut-être, a-t-il perdu la vie !

SYDONIA

Il faut garder espoir, car tout n'est pas fini.
L'autre armée va peut-être encore intervenir,
Battant Yladizuth et en le faisant fuir !
C'est pourquoi il ne faut pas se décourager,
Car le combat n'est pas encore terminé.
J'entends d'ailleurs marcher devant cette maison.
Je vais aller ouvrir : ce doit être Hyclion.


Scène II



XÉDONYS, SYDONIA, HYCLION




SYDONIA

Oui, c'est lui en effet !

HYCLION

Ah ! madame, vraiment
Je viens vous annoncer un message important.

XÉDONYS

Parle vite, Hyclion ! Qu'y a-t-il de nouveau ?
Qu'est-il donc advenu de tous nos généraux ?

HYCLION

N'ayez crainte, madame, et soyez rassurée,
Car vous pouvez encor voir votre bien-aimé :
Il se porte à merveille, il est encore en vie.
Il ne risque plus rien : la bataille est finie.
Nos généraux étaient en mauvaise posture,
Heureusement l'armée navale, à toute allure,
Surprit les ennemis et, en un bref combat,
Regagna du terrain et puis les écrasa.
Yfaidébul, les autres, avec Xymoléhon
Furent donc dégagés de leur position.
Le traître Yladizuth est maintenant en fuite
Et son armée rebelle entièrement détruite.
Notre glorieuse armée fait route en ce moment
Pour mater la révolte du pays d'Orient.
Bientôt il n'y aura plus qu'un seul et grand pays :
L'empire Lipuxien, de nouveau réuni.
Xymoléhon premier régnera comme avant,
En juste souverain, sur tous les habitants.
Et, en réunissant désormais ces deux terres,
Nous nous réserverons un avenir prospère.

SYDONIA

Mais comment se fait-il que la troisième armée
N'était pas sur les lieux, alors qu'on l'attendait ?

HYCLION

Ils ont eu de retard à cause d'un orage
Qui les a empêchés de gagner le rivage.
La tempête finie, ils purent débarquer
Et vinrent en courant pour rejoindre l'armée.
Ladite armée était en mauvaise posture,
Et ils la dégagèrent sitôt qu'ils le purent.
Et, comme le disait mon arrière-grand-père :
« Il n'est jamais trop tard, lorsque l'on veut bien faire. »

SYDONIA

Ça, c'est la vérité ! Nous sommes victorieux !
Réjouissons-nous, madame, remercions les dieux !

XÉDONYS

Je suis rassurée pour Yfaidébul que j'aime,
Mais il va nous falloir rejoindre le harem.

SYDONIA

Mais si Xymoléhon n'a pas changé d'avis,
Vous serez reine, un jour, de tout ce grand pays !

XÉDONYS

Ah ! hélas, Sydonia, ça ne me sourit guère,
Car c'est Yfaidébul, celui que je préfère.
Il sera au palais ; vous le verrez souvent.
Vous pourrez avec lui vous payer du bon temps.

HYCLION

C'est un grand général, et il est victorieux.
Il a mis cent soldats en fuite sous mes yeux.

SYDONIA

Yladizuth en fuite ! Ah ! ça, c'est fantastique.
Je vois d'ici sa tête ! Il doit être comique !

XÉDONYS

Je crois qu'il va pousser une belle colère !
Il doit certainement se sauver par la mer.

HYCLION

Restez ici, madame, nous allons vous chercher,
Avecque Sydonia, celui que vous aimez
Il sera très content de vous savoir envie.
Il ne sait pas encor que vous êtes ici.


Ils sortent. Xénonys reste seule un petit moment.
Tout à coup la porte s'ouvre. Yladizuth surgit !


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